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Jeff Stinco : prendre Montréal d’assaut, un resto à la fois
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Rencontre / montreal / 8 juin 2015

Jeff Stinco : prendre Montréal d’assaut, un resto à la fois

Jeff Stinco arrive en coup de vent au rendez-vous. Jeans noirs et coton ouaté, il sort du gym où il s’entraîne régulièrement. À voir son agenda, on comprend pourquoi le célèbre rockeur a besoin de reprendre son souffle. La veille, l’homme de 36 ans célébrait l’ouverture du bar de son resto Shinji, qui fêtait du même coup son premier anniversaire, pas très loin de la toute nouvelle boîte de nuit Mimi la Nuit et du Mangiafoco, dans le Vieux-Montréal.

« Mes parents s’y fréquentaient avant ma naissance. C’était alors le Black Bottom, un fleuron du nightlife montréalais », raconte ce fils d’un père italien né en Tunisie sous le protectorat français. « Ma mère est québécoise. Elle a étudié en France, en littérature », poursuit celui qui a pourtant opté pour une carrière internationale en anglais. « Pour Simple Plan, l’anglais est venu naturellement avec le pari d’être reconnu mondialement. »

Voyageur averti, Jeff Stinco adore Montréal. « Il y a un phénomène qui se passe ici qui ne se passe nulle part ailleurs : le passage de l’hiver à l’été. Tout devient festif et c’est l’occasion de faire un happening. Les terrasses se remplissent, tout le monde est beau, souriant. » Voilà pourquoi c’est à Montréal qu’il a choisi de « brasser » des affaires en gastronomie.

L’ADN de l’homme d’affaires

L’histoire débute avec l’envie de développer un modèle alternatif pour la distribution de bières artisanales. Car l’homme est aussi brasseur à ses heures. « On cherchait des moyens non traditionnels de distribuer nos bières. L’idée d’ouvrir des restaurants est partie de là. » Parce qu’il a un bon pif pour s’entourer – tous les membres de Simple Plan sont des amis d’enfance – Jeff Stinco s’associe à des gens crédibles de l’industrie. « Je me suis aussi entouré des meilleurs chefs et j’en ai fait des partenaires », poursuit l’habitué des hordes d’admirateurs. « C’est fou de voir à quel point des chefs comme Hakim Chajar (Laurea) ou Shinji Nagai (Shinji) sont de véritables stars. »

Qu’on parle musique ou restauration, une chose est sûre : la compétition est forte et la fidélité, voire le succès, souvent éphémère. « Pour réussir, il faut savoir respecter ses fans et se renouveler. »

Saine compétition

À 12 ans, Jeff découvre la guitare en voyant Hendrix à la télé brûler son instrument. « J’ai trouvé le geste très… puissant », se rappelle celui qui, par la suite, voyage dans les univers du jazz, du classique et du rock. « La musique, c’est la musique. Le genre importe peu. C’est un peu comme en restauration. On trouve de la bonne et de la mauvaise bouffe dans toutes les catégories », maintient celui qui préfère l’expérience globale à un concept trop défini. « Dans mes restos, j’arrive avec un amalgame des choses que j’aime et que j’ai vues ailleurs. » L’aspect design – son dada – l’ambiance et la musique ont pour lui autant d’importance que ce qu’on trouve dans l’assiette. « Quand on fait vivre des expériences, les gens reviennent. »

Y a-t-il trop de restos à Montréal? Jeff Stinco est de ceux qui croient que la compétition rend plus fort. « Quand j’entends dire qu’on devrait légiférer, ça m’inquiète. Je crois plutôt que le libre marché doit suivre son cours et niveler naturellement. » Dans la vie, Stinco regarde l’avenir avec optimisme. « Se concentrer sur les catastrophes annoncées, je trouve ça dangereux pour l’économie. Je préfère me concentrer sur les belles histoires comme celle des Simons, Stingray Musique ou Frank & Oak qui, dans leur domaine, continuent de se développer en prenant des risques calculés. »

Moment de grâce

Pour lui, la bouffe est aussi fédératrice que la musique. À la maison, le repas du soir avec ses deux filles est un moment sacré. « C’est souvent autour de la table qu’on partage nos plus beaux moments », avoue le papa pour qui la gratitude est fondamentale. « En tournée, on voit tellement de jeunes qui ne l’ont pas facile. J’ai envie que mes enfants grandissent avec des valeurs de bonté et de générosité », conclut celui qui, avec les membres de sa formation, a créé il y a dix ans la Fondation Simple Plan. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de dollars sont ainsi consacrés à répondre aux besoins de jeunes aux prises avec les problèmes liés au dur passage de l’adolescence à l’âge adulte. « J’ai eu la musique. D’autres n’ont pas eu ma chance! » Chapeau, monsieur Stinco !

Crédit photo: Chady Awad

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