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Ricardo Larrivée : le bonheur à la bouche
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Rencontre / montreal / 11 mai 2015

Ricardo Larrivée : le bonheur à la bouche

Celui dont le prénom est devenu à la fois référence culinaire, marque de commerce et empire médiatique à travers le Canada l’avoue candidement : «Je te parle de nourriture parce que je suis obsédé!». Assis nonchalamment sur un divan coloré, dans l’intimité de ses bureaux de Longueuil, il répond longuement et avec passion à toutes les questions, en centrant toujours, presque inconsciemment, son discours sur l’alimentation. «Toutes les actions sociales que je pose, avec La Tablée des chefs par exemple, vont dans le même sens : celui de rendre les gens, à tous âges, autonomes et fiers d’eux. Les gens qui font à manger, tout le monde les aime!»

Le pouvoir de l’assiette

L’apparente banalité d’un repas collectif, il la chérit. «Pendant que tu manges, tu échanges, tu partages, ce repas cimente tes relations. Si tu manges avec tes colocs, ils deviendront tes amis, ta famille. Si tu as des enfants et que c’est l’enfer à table, ben, ce sera l’enfer et c’est tout! Mais eux, ils se souviendront juste des moments où ils ont ri aux larmes. » Ricardo poursuit sur sa lancée : «J’irais même jusqu’à dire que ça aide à l’intégration des immigrants. Quand tu partages un repas avec un inconnu, tu t’apprivoises mutuellement. Ce n’est pas miraculeux, mais on se rend vite compte qu’on veut tous la même chose : être heureux. J’ai toujours pensé qu’il valait mieux manger un Kraft Dinner avec les gens qu’on aime qu’un filet mignon tout seul.»

Une quête autre que culinaire

La remarque peut surprendre venant d’un homme reconnu pour son talent en cuisine, mais prend tout son sens quand Ricardo explique que le bonheur, selon lui, passe d’abord par les rituels de famille et d’amitié, par le quotidien que l’on répète, bien avant les grands repas de chefs étoilés. «J’aime les choses qui reviennent. Le bonheur, on doit être capable de le trouver dans la routine, pas forcément dans les grands événements, sinon on devient vite blasé.»

Comme un enfant, il cultive son sens de l’émerveillement. Il cite l’exemple des fraises, que l’on attend impatiemment avec l’arrivée de l’été. «Ça peut paraître d’un ennui épouvantable. Mais c’est tout le contraire : le bonheur, c’est de marcher 100 fois la même rue, parce qu’il y aura toujours quelque chose à découvrir.»

Le bonheur est un leitmotiv dans les réponses de Ricardo. Chaque décision, qu’elle soit personnelle ou d’affaires, s’oriente de façon à le mener vers son but ultime. On le sait animateur, cuisinier, chef d’entreprise, et maintenant apprenti vigneron, avec sa gamme de vins d’Afrique du Sud qui portent son nom de famille.

Quand on connaît son intérêt pour la politique et son engagement social, il est naturel de lui demander s’il compte un jour faire le saut en politique. «Oui, mais… ma famille passera toujours avant. Brigitte [sa femme] a adopté mon rêve, et c’est elle que j’écouterai toujours. Je veux faire ce que je fais par plaisir, pas pour le kick ou par orgueil de ne rien abandonner. Je veux le faire pour le bonheur de ma famille. C’est pareil pour mon entreprise. Au-delà du fait d’avoir une business rentable, il faut que mes employés soient heureux dans ce qu’ils font.»

Les yeux et le cœur grand ouverts

S’il fallait s’aventurer à deviner le secret de son succès, on pourrait dire que Ricardo sait d’abord et avant tout choisir son entourage. Il faut une bonne dose de passion et d’énergie pour le suivre, lui qui semble avoir 36 000 projets en même temps sur le feu. «Je suis toujours démesuré. Si tu veux me faire un gâteau, fais-moi un gâteau à huit étages! Et je m’entoure de gens comme ça. Je n’aime pas ce qui est petit, j’aime les gens qui rêvent plus grand que nature. Je le répète tous les jours à mon équipe : nothing but the best!» C’est cette vision ambitieuse qui l’a mené d’un bout à l’autre du pays, à la fois pour son émission Ricardo & Friends à Food Network Canada et pour la promotion de ses livres. Loin de voir deux solitudes, Ricardo professe la sagesse de celui qui a beaucoup voyagé. « À travers le Canada, je suis toujours heureux. J’ai commencé ma carrière à la CBC à Regina, ce fut mes plus belles années de ma jeune vie d’adulte. Ce qui nous divise, c’est la méconnaissance des autres. Dès que tu as des amis, les barrières tombent. Je me sens chez moi partout, que ce soit à Montréal, à Calgary ou à Vancouver. » Qu’il parle de la France, où il passe ses vacances en famille, ou même de l’Afrique du Sud, il a cette même tendresse dans la voix, la tendresse de celui qui s’intéresse aux autres cultures et, avant tout, à l’humain.

«En voyage avec Brigitte, j’ai eu un coup de foudre pour Cape Town. Je n’ai jamais été autant touché par des humains et par une nature. Je l’ai dit à ma femme : “Cette terre-là me parle’’. C’était tout naturel pour moi de choisir cet endroit pour créer mes vins. Mes filles aiment sentir le vin, marcher dans les vignes. Je voulais leur donner cet héritage-là.» Pour ses filles, il a apposé son nom de famille plutôt que son célèbre prénom sur l’étiquette.

Ce soir-là, après l’entretien, Ricardo s’en allait d’ailleurs déguster ses vins. «Ça va finir tard!», avoue-t-il en riant de bon cœur. Avant de pouvoir porter la coupe à ses lèvres, il a d’abord dû donner son avis sur une tarte («la croûte est trop ferme») et sur deux recettes de bacon séché («celui au poivre est délicieux!»), puis aller à la rescousse d’une opération de plomberie. Comme quoi le golden boy de la cuisine québécoise n’a jamais eu les pieds ailleurs que sur terre.

A l’hôtel comme à la maison

Ricardo est un client de longue date des hôtels Germain. «Depuis 6 ou 7 ans, j’ai toujours la même chambre à Toronto. J’y vais tellement souvent que les gens me disent que je devrais acheter une propriété. Pas question! Je m’ennuierais beaucoup trop du personnel.» L’Hôtel Le Germain Toronto est même son «hôtel chanceux». «Si j’ai un rendez-vous à donner, je le donne dans le lounge. C’est un porte-bonheur.»

Par Caroline Décoste

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