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Visite avec l’architecte Marianne McKenna
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Tendance / torontomercer / 6 mai 2015

Visite avec l’architecte Marianne McKenna

Marianne McKenna collectionne les honneurs depuis 2009, année de l’ouverture de Koerner Hall, la salle de concert pour laquelle Toronto a eu un coup de foudre instantané. Lisa Rochon a écrit dans le Globe and Mail que McKenna, en redessinant le Conservatoire royal de musique, écrin entourant ce joyau qu’est la salle Koerner, a créé «la plus grande et la plus importante institution culturelle jamais réalisée par une femme au Canada». Une affirmation tranchée, et tout à fait fondée. La salle lui a valu en 2010 la Médaille du Gouverneur général en architecture et une place au palmarès des 100 femmes les plus puissantes du Canada du Financial Post. Même si la salle Koerner l’a fait connaître en dehors de la sphère architecturale, McKenna est depuis longtemps une architecte de renom comme partenaire fondatrice du cabinet Kuwabara Payne McKenna Blumberg (KPMB), fondé en 1987. Élevée à Montréal, elle a étudié aux États-Unis (au Swarthmore College et à Yale) et habite Toronto depuis 32 ans. CHIC a demandé à Marianne McKenna de nommer ses édifices préférés à Toronto. Voici ses cinq premiers choix…

Toronto Dominion Centre

Petit cousin du Seagram Building de New York, réalisé lui aussi par Mies van der Rohe, le Toronto Dominion Centre est un point d’intérêt à Toronto depuis plus de 40 ans. La Montréalaise Phyllis Lambert a eu de la difficulté à s’entendre avec son père, Sam Bronfman, sur le choix d’un architecte. Heureusement, elle a réussi à le convaincre d’engager celui que l’on surnomme simplement Mies. Le monde a découvert un nouveau type de gratte-ciel, et Toronto exhibe cette combinaison élégante, toujours contemporaine. Arborant la structure extérieure en acier noir sur un mur-rideau foncé caractéristique du style de Mies, l’agencement distinctif de deux tours surplombant un pavillon moins élevé dédié aux services bancaires a quelque chose de «séduisant», pour citer McKenna. «Le pavillon plus modeste ramène les fonctions bancaires à l’échelle terrestre et leur confère de la transparence, explique-t-elle. Les tours maximisent la vue et les possibilités de location de bureau sur place.» Les trois édifices au nord-est de ce que les Torontois appellent le «TD Centre» sont les bâtiments d’origine, tandis que les deux autres dérivent du concept initial.

55 King Street W
Mies van der Rohe, 1964-71

Distillery District

Cet arrondissement industriel, qui a longtemps étanché la soif des Ontariens — un quartier sorti d’un roman de Dickens aux rues pavées bordées d’édifices du XIXe siècle à l’architecture tantôt grossière, tantôt élaborée —, connaît une deuxième vie en tant que quartier touristique où déambuler, magasiner, dîner, voir une pièce ou admirer des oeuvres d’art. «Le développement intelligent du site d’origine de la distillerie Gooderham and Worts offre un mélange riche de bâtiments historiques accolés à de nouvelles propositions», décrit McKenna, qualifiant le tout de «contribution fabuleuse et très distinctive au paysage torontois». Comportant 44 bâtiments, la juxtaposition du moderne et de l’ancien a été coordonnée par trois cabinets, avec l’apport individuel de plusieurs des meilleurs architectes de la ville. McKenna aime «la patine du temps qui a été préservée» et «les synergies entre les édifices anciens et nouveaux». Parmi ses préférés : la galerie Jane Corkin, le théâtre du Young Centre et la délicieuse chocolaterie SOMA.

Intersections de Parliament, Mill, Cherry et Lakeshore
ERA Architects Inc., James Goad, Cityscape, ArchitectsAlliance 2003
Photo: Ontario Tourism Marketing Partnership Corporation

Leslie Dan Pharmacy Building

Chanceux, ces étudiants en pharmacie de l’Université de Toronto dont l’édifice a été conçu parun monument», le Britannique Norman Foster. À l’intérieur de ce cube stylisé, à 20 m du sol, appuyé sur un hall entièrement vitré se cache une surprise qui relève de la science-fiction. «J’adore les deux capsules argentées suspendues dans le hall, confie McKenna. Elles abritent des espaces d’enseignement et un salon à l’étage supérieur — très chouette.» Ces capsules inventives, accessibles aux visiteurs, accueillent respectivement 60 et 24 personnes. McKenna aime également que l’édifice soit «sondable», «grâce à des points de vue clairs vers l’intérieur, surtout le soir, et une séparation nette des laboratoires privés se trouvant au-dessus de l’espace public» au niveau de la rue.

144 College Street
Norman Foster et Moffat Kinoshita Architects, 2006

Terrence Donnelly Centre

Centre de recherche cellulaire et biomoléculaire Terrence Donnelly?Le Centre de recherche Terrence Donnelly et le Leslie Dan Pharmacy Building, tout près, font partie d’une renaissance au XXIe siècle de l’Université de Toronto qui a permis d’ériger sur le campus des immeubles éclatants dessinés par de grands architectes. Cette tour à la taille de guêpe n’est pas seulement belle. Comme le souligne McKenna, elle est conviviale : «Le fait qu’elle soit en retrait crée une avant-cour qui fait partie du domaine public de la ville, tout en respectant l’édifice historique situé à l’est.» McKenna admire également le couloir qui traverse l’étage principal (ouvert à tous) et qui est bordé d’un bosquet de bambous. À l’extérieur, longez le passage qui contourne l’édifice par l’est et admirez les vitres aux couleurs primaires et la mosaïque murale rouge.

160 College Street
Behnisch Architects et ArchitectsAlliance, 2005

Koerner Hall

Salle Koerner du Telus Centre for Learning and Performance, Conservatoire royal Comment McKenna pourrait-elle ne pas nommer cette salle qui a été acclamée autant par les spectateurs que les musiciens? (Yo-Yo Ma a expressément demandé d’y jouer et a même inauguré la saison 2011.) « J’adore la salle Koerner, dit-elle, parce qu’elle fait appel à tous les sens. » C’est le cas de l’acoustique prodigieuse et des excellentes lignes de visibilité. McKenna associe au toucher « le sens de l’engagement entre les musiciens et l’auditoire » et ajoute que « la salle a un parfum exquis — légèrement épicé. C’est probablement le bois, mais peu importe d’où il vient, ce parfum évoque une expérience sensorielle totale, très inhabituelle dans une salle de concert ». Avec raison, tout le monde est fou des lamelles de bois qui ondulent au plafond. McKenna les voit comme les cordes d’un instrument, résultat de ce qu’elle appelle une «intuition conceptuelle… doublée d’un travail colossal de l’équipe du projet pour la réaliser». En ce qui concerne le goût, McKenna recommande le café entre l’ancien et le nouvel édifice. «Un endroit charmant pour se détendre en ville devant un espresso tout à fait respectable.»

273 Bloor Street W.
Marianne McKenna, KPMB, 2009

Par Katherine Ashenburg

Tiré du magazine CHIC par Germain, numéro 5 Katherine Ashenburg est l’auteure du livre Going to Town: Architectural Walking Tours in Southern Ontario et de chroniques sur l’architecture et le design dans le magazine Toronto Life.

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